Tous des moutons ! Peut-être, et alors ?
Par Guillaume le mardi 27 octobre 2009, 21h12 - Méthodes et Entreprise - Lien permanent
Connaissez-vous la doyenne de l'agilité ? La super mamie des itérations ? La matriarche des rétrospectives ? Non ? Et bien laissez-moi vous présenter Linda Rising.
J'aime bien Linda car en plus d'être un peu barrée, elle nous emmène dans des sujets scientifiques originaux et passionnants qui restent tout de même en rapport avec une des choses qui intéressent la bande de geeks que nous sommes : les projets informatiques.
Cette fois-ci Linda revient pour nous parler des Placebos. Pas le groupe de rock, les médicaments... Il s'avère que ces traitements (en fait des non-traitements) sont employés plus souvent qu'on ne le pense par les médecins, et que leur effet se révèle dans certains cas autant voire plus efficace que celui de médicaments classiques. Un chercheur a essayé d'en savoir plus sur cet effet difficilement explicable, et en particulier sur les gens les plus susceptibles de développer un effet placebo. Il a appelé ces personnes les "moutons" (sheep). De manière assez singulière, au fil des recherches, les moutons se sont avérés être des personnes particulièrement créatives, innovantes, curieuses, ouvertes à de nouvelles idées et expériences. En somme, les plus enclins à appliquer avec enthousiasme le célèbre adage de Fox Mulder : "I want to believe".
Linda s'est alors aperçue que ce genre de bestiole constituait, entre autres, un assez bon portrait des enthousiastes de l'agilité. Et en effet le parallèle ne parait pas usurpé : les valeurs mises en avant dans les méthodes agiles sont l'ouverture d'esprit, le désir d'expérimenter en permanence, de tester et de tirer les leçons de ses actions pour s'améliorer. En y réfléchissant bien, cela relève d'une volonté primordiale de croire en ce qu'on fait, d'avoir foi en sa propre inventivité. Si nous n'y croyions pas un petit peu, nous ne mettrions pas autant d'efforts à essayer.
Mais du coup, les méthodes agiles ne seraient-elles pas elles-mêmes des placebos ?
Les équipes agiles ne fonctionneraient-elles pas uniquement parce que leurs membres, en bons moutons, s'auto-persuadent du bien fondé de la vision et de la démarche de leur méthode préférée, et avancent ainsi de manière plus sereine, plus impliquée et donc plus productive ?
Si c'était le cas, cela remettrait-il en cause l'efficacité intrinsèque de l'agilité ?
Est-ce qu'on devrait s'en inquiéter ?
La meilleure réponse à toutes ces questions consiste peut-être à se rappeler
que l'effet placebo n'est pas seulement l'apanage des cachets en sucre et
autres gélules remplies de farine. Même les vrais médicaments peuvent avoir un
effet placebo, certaines recherches le montrent. Dans quelle proportion cet
effet rentre dans le processus de guérison, cela dépend sans doute du
traitement et de la personne, et le "vrai" effet est certainement très
difficile à dissocier de la part de placebo.
Mais dans bien des cas, cette part existe bel et bien, et elle n'est pas
forcément négligeable...

Commentaires
Effectivement, le premier pas pour aller mieux est croire que le remède fonctionne.
C'est marrant comme raisonnement et un peu fourbe aussi.
En gros si j'ai bien compris, on dit que le succès de l'agilité dépend de l'implication des équipes. Et que le fait de faire de l'agilité suffit à motiver les gens et donc suffit pour obtenir l'implication des équipes, ce qui fait que l'agilité marche.
Bin oui mais non. L'agilité, C'EST les équipes. Ça n'est pas l'implication qui permet l'agilité, c'est l'agilité qui aide les équipes à générer de l'implication par sa nature même. C'est ce que disais François à la SCM, on peut prendre une équipe de gens super improductifs et les faire devenir des cadors, parce que l'agilité va les aider à "fabriquer" eux même leur implication.
Ne pas comprendre ça c'est ne pas comprendre un des ressorts qui est, pour moi, super important dans l'agilité : la notion d'émergence (de comportement, d'organisation, de pratiques, de processus, d'implication). L'intégralité de ce qui fait un produit ou un projet émerge des gens qui le font. Et tout ca n'émerge pas du buzz, de blabla commercial, de bourrage de crâne ou autre, mais de rien d'autre que des gens eux mêmes, de leur nature humaine qui les fait naturellement tendre à vouloir faire des choses ensemble.
["le fait de faire de l'agilité suffit à motiver les gens et donc suffit pour obtenir l'implication des équipes, ce qui fait que l'agilité marche."]
En fait, le constat n'est pas aussi catégorique que ça. C'est une question qu'on peut se poser, ni plus ni moins. Un angle d'interrogation qui permet peut-être de porter un autre regard sur l'agilité.
["L'intégralité de ce qui fait un produit ou un projet émerge des gens qui le font. Et tout ca n'émerge pas du buzz, de blabla commercial, de bourrage de crâne ou autre, mais de rien d'autre que des gens eux mêmes"]
Je ne vois pas en quoi ça contredit la thèse de l'effet placebo. Au contraire, c'est exactement ce dont il est question ! L'important dans l'effet placebo n'est pas le fait que le médicament soit imposé de l'extérieur, l'efficacité n'est pas dûe à un quelconque bourrage de crâne ou à une coercition sur l'individu.
Au contraire, elle repose sur la croyance profonde de la personne elle-même que ça va marcher. Au final, le pari du placebo est que l'individu va se fabriquer en lui-même et nulle part ailleurs, toutes les ressources pour s'en sortir. Ce n'est pas si éloigné de ce que tu soulignes, si ?
Ouais je comprends mieux. Mais j'ai du mal à être d'accord. Le pré-requis est effectivement que le patient doit y croire. Mais c'est sa confiance dans le docteur ou dans un pharmacien qui fait qu'il a confiance dans le traitement. Si il sait qu'il peut guérir par lui même, il n'a pas besoin de placebo. Là ou j'ai du mal à voir le parallèle avec l'agilité c'est que l'agilité dit bien qu'elle ne fait rien, il n'y a pas la notion "psychosomatique" de l'effet placebo.
Là ou je suis d'accord c'est que peut etre que certains pensent que l'agilité peut résoudre leurs problèmes pour finalement découvrir qu'ils peuvent les résoudre tout seuls. C'est une façon de venir à l'agilité. Mais ca reste de la tromperie sur la marchandise.