Connaissez-vous la doyenne de l'agilité ? La super mamie des itérations ? La matriarche des rétrospectives ? Non ? Et bien laissez-moi vous présenter Linda Rising.

J'aime bien Linda car en plus d'être un peu barrée, elle nous emmène dans des sujets scientifiques originaux et passionnants qui restent tout de même en rapport avec une des choses qui intéressent la bande de geeks que nous sommes : les projets informatiques.

Cette fois-ci Linda revient pour nous parler des Placebos. Pas le groupe de rock, les médicaments... Il s'avère que ces traitements (en fait des non-traitements) sont employés plus souvent qu'on ne le pense par les médecins, et que leur effet se révèle dans certains cas autant voire plus efficace que celui de médicaments classiques. Un chercheur a essayé d'en savoir plus sur cet effet difficilement explicable, et en particulier sur les gens les plus susceptibles de développer un effet placebo. Il a appelé ces personnes les "moutons" (sheep). De manière assez singulière, au fil des recherches, les moutons se sont avérés être des personnes particulièrement créatives, innovantes, curieuses, ouvertes à de nouvelles idées et expériences. En somme, les plus enclins à appliquer avec enthousiasme le célèbre adage de Fox Mulder : "I want to believe".


Bande de curieux

Linda s'est alors aperçue que ce genre de bestiole constituait, entre autres, un assez bon portrait des enthousiastes de l'agilité. Et en effet le parallèle ne parait pas usurpé : les valeurs mises en avant dans les méthodes agiles sont l'ouverture d'esprit, le désir d'expérimenter en permanence, de tester et de tirer les leçons de ses actions pour s'améliorer. En y réfléchissant bien, cela relève d'une volonté primordiale de croire en ce qu'on fait, d'avoir foi en sa propre inventivité. Si nous n'y croyions pas un petit peu, nous ne mettrions pas autant d'efforts à essayer.

Mais du coup, les méthodes agiles ne seraient-elles pas elles-mêmes des placebos ?

Les équipes agiles ne fonctionneraient-elles pas uniquement parce que leurs membres, en bons moutons, s'auto-persuadent du bien fondé de la vision et de la démarche de leur méthode préférée, et avancent ainsi de manière plus sereine, plus impliquée et donc plus productive ?

Si c'était le cas, cela remettrait-il en cause l'efficacité intrinsèque de l'agilité ?

Est-ce qu'on devrait s'en inquiéter ?

La meilleure réponse à toutes ces questions consiste peut-être à se rappeler que l'effet placebo n'est pas seulement l'apanage des cachets en sucre et autres gélules remplies de farine. Même les vrais médicaments peuvent avoir un effet placebo, certaines recherches le montrent. Dans quelle proportion cet effet rentre dans le processus de guérison, cela dépend sans doute du traitement et de la personne, et le "vrai" effet est certainement très difficile à dissocier de la part de placebo.
Mais dans bien des cas, cette part existe bel et bien, et elle n'est pas forcément négligeable...